La douane garde ses… nerds Alors que l’Etat a englouti 250 millions pour acheter un logiciel de gestion des procédures pénales qui n’a jamais bien fonctionné, les douaniers ont réussi à bidouiller leur propre logiciel pour 400 000 euros seulement
«On pourrait donner à Bercy des leçons de bonne gestion », se marre un limier du Service des enquêtes judiciaires des finances, devenu Office national antifraude (Onaf) en 2024 et majoritairement composé de douaniers. Répartis sur tout le territoire, les quelque 280 gabelous de l’Onaf ne peuvent être saisis que par un procureur ou un juge au titre d’une commission rogatoire. Une curiosité ? Comme il n’existait pas de logiciel de rédaction de garde à vue (GAV), un haut fonctionnaire de la direction a décidé de produire en interne, en 2010, un projet qui, quatre ans plus tard, est devenu le logiciel de rédaction des procédures de la douane judiciaire (LRPDJ), pour un coût de… 400 000 euros – une misère.
Pendant « deux ans et demi », se souvient un témoin, trois nerds (experts en informatique) des douanes se sont enfermés dans un bureau de la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières. « Au regard des logiciels pondus par des mastodontes du marché pour l’administration, et qui déraillent aussitôt, c’est l’affaire du siècle », ricane une source. Surtout si l’on considère les 250 millions d’euros engloutis dans Scribe, un logiciel de rédaction de procédures pénales pondu par Capgemini pour le compte de la police nationale. Lancé en 2015, ce « machin » au prix pharaonique s’est révélé inutilisable.
Fabrique de geeks
En décembre dernier, la Cour des comptes a évalué le gouffre financier à 257 millions d’euros. Face au fiasco du logiciel des flics, les douaniers mesurent leur chance : « Aujourd’hui, on utilise conjointement Garance, le logiciel développé par la direction informatique centrale, qui a coûté un bras, et le LRPDJ, fait maison, qui a coûté le prix d’une Clio pour le confort d’une Bentley. En plus, avec ce dernier, en cas de gros coup de filet, on peut mener plus de 30 gardes à vue en même temps », explique un enquêteur. C’est Byzance !
Preuve que le programme LRPDJ fait des étincelles, il a été adopté par la DGSI en mars 2024 « pour faciliter et assurer la clarté et l’homogénéité de la rédaction des actes de procédures judiciaires ». Moralité, le sentier des douaniers est pavé de bonnes inventions !